Que voulons-nous vraiment?: les mécanismes de ma vision #4


Ipad? Chromebook? ChallengeU ? Moodle? Seesaw? Go pro? Le débat ne réside pas là…Pour parvenir au vrai changement que nous désirons tant , nous devons à tout prix le créer, et pour ça, je suis convaincu que le même changement en question aura besoin d’aide. À l’intérieur de ce 4e article d’une série de 5  ayant pour titre: ≪Que voulons-nous vraiment?≫, je vous exposerai les mécanismes de ma vision. Je tiens à vous prévenir que cet article va bousculer certains dogmes du monde de l’éducation. En effet, je traiterai des syndicats, de la tâche enseignante et de pédagogie.

Les syndicats ont et auront toujours une cause noble à défendre soit de s’ assurer que leurs membres soient bien traités selon un contrat de travail préétabli par l’employeur et les représentants des employés. Toutefois, je crois fermement que le syndicalisme en éducation est arrivé à un point de rupture. Les syndicats qui représentent les enseignants devront se renouveler ou disparaître. Ouch! Je vous avais prévenus que mon article ne plairait pas à tous 🙂

En effet, le modèle traditionnel syndical ne répond plus au monde actuel pour plusieurs raisons.

Premièrement, certains enseignants se protègent derrière leur syndicat et leur convention en effectuant un travail ordinaire, voir gênant. Bien entendu, ledit syndicat protégera ses membres permanents à la vie à la mort au détriment du service  fourni à l’élève.

Deuxièmement, la plupart des syndicats sont un frein et un irritant aux changements à la recherche de solutions en éducation. Il existe peu de domaines où les employés ont droit de regard sur toutes les décisions de l’employeur. Malgré qu’une décision soit une action positive pour les élèves, certains syndicats n’hésiteront pas à la contester pour bris de procédures ou par crainte d’augmenter de quelques minutes la tâche de leurs membres. Pour ceux qui fréquentent régulièrement les assemblées syndicales, il est rare que l’élève soit au centre des préoccupations.

Je propose donc de revoir le modèle du syndicalisme traditionnel en créant un juste milieu. D’une part, le premier fondement de cette structure devra avoir l’élève au centre de toutes les décisions. Cette nouvelle structure pourra offrir aux enseignants la chance de bénéficier d’une formation continue pour offrir le meilleur service à leurs élèves. Ce renouveau syndical devra s’ assurer que tous les membres participent activement au projet éducatif de l’école. Bien entendu, une structure de protection des acquis devra être discutée. Néanmoins, la direction, à l’aide d’un comité de sages, aura le pouvoir de choisir le rôle et la tâche des enseignants selon les capacités et les compétences de chacun et non seulement leur ancienneté. Malheureusement, je ne fonde pas beaucoup d’espoir que le modèle syndical se réinventera. C’est pourquoi je suis pour un ordre professionnel des enseignants qui aura comme objectif principal d’encadrer professionnellement et moralement les enseignants. J’entends déjà les voix se lever: ≪c’est bien beau tout ça, mais comment ça fonctionnerait?≫

Voici mes pistes de réflexion et de solutions. D’une part, la tâche des enseignants devra être modifiée. Effectivement, je crois que nous faisons partie d’une tranche privilégiée de la société. Si nous sommes honnêtes, nous reconnaîtrons que nous travaillons 180 jours par année, soit environ une journée sur 2. Ah oui, c’est vrai, nous avons 20 journées pédagogiques. Encore une fois, si nous sommes honnêtes, nous reconnaîtrons que ces journées pédagogiques ne sont pas éreintantes. Même si j’ajoute ces 20 journées nous arrivons à une moyenne de 54% de journées travaillées dans une année. Encore une fois, je vous entends me mentionner que notre travail demande beaucoup de temps à l’extérieur de la classe et de l’école. C’est pourquoi je propose de revoir la tâche des enseignants.

Le modèle de la tâche enseignante varie très peu d’un établissement à l’autre. Au niveau secondaire, la plupart des enseignants se retrouvent comme spécialiste de matière et la majorité d’entre eux souhaitent avoir une planification à réaliser en ayant plusieurs groupes (français secondaire 1,  4 groupes). Cette décision a plusieurs conséquences.

Premièrement, ils se retrouvent avec un nombre élevé d’élèves (36 élèves x 4 groupes) qu’ils côtoient en moyenne 4 heures par semaine. Avec ces conditions, il est difficile de créer des liens significatifs et permanents pour faciliter l’apprentissage.

Deuxièmement, cette mesure crée un isolement disciplinaire. Il est encore plus difficile de créer des apprentissages significatifs et concrets. Ce système de silos isole chacun des enseignants en cristallisant les pratiques traditionnelles des différentes disciplines.

Troisièmement, cette structure de groupe fixe est un terreau fertile pour créer des dynamiques de groupe indésirables. En effet, les élèves passent environ 25 heures par semaine ensemble. Sans adulte pour guider cette force du lien et de la coopération, il est normal que la place du leader soit comblée par les élèves.

Quatrièmement, cette isolation volontaire groupe/enseignant vient favoriser le moi (enseignant) et vous (le groupe). L’enseignant peut facilement passer les premiers mois de l’année à mettre en place sa gestion de classe. Comme mentionné dans le point précédent, l’enseignant est un visiteur du groupe et non un membre à part entière de cette cellule éducative.

Voici donc ce que je propose: créer des familles d’apprentissage. 5 enseignants, 90 élèves (moyenne de 18 élèves par enseignant). Cette famille aura comme responsabilité de développer le plein potentiel de leurs “enfants d’école”. Ils assureront le suivi au niveau des compétences disciplinaires de secondaire 1 à 5. Cette famille d’apprentissage verra grandir leurs “enfants d’école” au cours des 5 années de leur parcours secondaire. Comme “parents d’école” les enseignants veilleront sur les besoins essentiels de leurs protégés: suivi d’apprentissage personnalisé, suivi affectif et psychologique, etc.

Laissez-moi le plaisir de vous présenter les nombreux avantages d’une telle structure, mais avant, je tiens à vous mentionner que le nombre de 5 enseignants et de 90 élèves ne sortent pas d’un chapeau de magicien. En effet, c’est en comparant quelques écoles secondaires québécoises (publiques et privées) au niveau du nombre d’enseignants et du nombre d’élèves que j’arrive à ce ratio. Donc, cette mesure ne demandera aucun coût additionnel.

avantage #1: nombre d’élèves

90 élèves ou moins… Voici un nombre qui fera rêver de nombreux enseignants. De plus, ce nombre ne changera pas à chaque année puisque vous suivrez vos élèves sur 5 ans! En ayant le temps de développer les élèves, il est encore plus facile de personnaliser l’enseignement. En côtoyant au quotidien, et ce, plusieurs heures par jours vos “enfants d’école”, la signifiance prof/élève sera beaucoup plus facile à construire.

avantage #2: L’équipe

5 enseignants qui se partageront la responsabilité de 90 élèves. Cette cellule d’éducateurs permettra de défaire le concept moi et vous. Les enseignants pourront donc se soutenir et travailler à l’intérieur d’une vision commune tant au niveau de la pédagogie que dans l’approche humaine.

avantage #3: gagner du temps

En effet, vous comprendrez qu’avoir moins d’élèves vous aidera à gagner du temps, mais il y a d’autres avantages.: Par exemple, si des élèves travaillent sur leur projet histoire en sec. 1-2-3, l’enseignante de français peut utiliser le temps à l’intérieur de cette période pour rencontrer individuellement les élèves et corriger leur production écrite devant eux. Cela permet une rétroaction en direct et pourquoi pas demander à l’élève de vous enregistrer pour lui redonner la responsabilité de sa démarche d’apprentissage. Question de créer un équilibre de vie intéressant, je propose également de concevoir un horaire sur 4 jours pour les enseignants. Votre ratio prof/élève augmentera à environ 22 élèves par classe. Il s’agit d’une économie de 13 élèves vs la classe de 36 que nous retrouvons dans plusieurs établissements.

avantage #4: fini les silos

5 enseignants qui travailleront dans le même environnement et qui se partageront les compétences disciplinaires de secondaire 1 à 5 favorisera, enfin, des expériences d’apprentissage concrètes, stimulantes et globalisantes. Fini la vision de matière unique. Fini les compartiments. Rêvons un peu… le français et l’anglais fondu à l’intérieur des autres matières 🙂

Bien entendu, ma proposition viendra chatouiller les plus conservateurs à plusieurs niveaux. D’une part, vous comprendrez que le nombre de minutes en présence des élèves augmentera. Si vous êtes mal à l’aise avec ce point, demandez-vous si vous exercez le bon métier! Nos collègues du primaire connaissent bien cette réalité. Vous comprendrez également que vous aurez plus d’une planification à réaliser. D’où la magnifique opportunité de travailler en équipe pour combiner des contenus à l’intérieur d’expériences d’apprentissage concrètes et ludiques. Vous comprendrez aussi que votre rôle d’enseignant au secondaire est de développer le plein potentiel de vos “enfants d’école”. Leur bien-être devra être une priorité pour vous! Ainsi, cette familiarisation de l’école lui redonnera un bonne dose d’humanisme, de coopération, d’entraide, d’authenticité, de respect et d’autonomie. N’est-ce pas un bon moyen de donner un vent de fraîcheur et de positivisme dans une société de plus en plus individualiste et égoïste?

En conclusion, ma proposition est un exemple de métamorphose de notre système pour permettre un réel changement. Celui-ci ne pourra se concrétiser seulement en utilisant une pédagogie différente du modèle traditionnel. Je vous la présenterai lors de mon 5e et dernier article sous le thème: ≪Que voulons-nous vraiment?≫

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