Que voulons-nous vraiment? #3 L’évaluation


Les évaluations… qui aime ça? Sérieusement, je crois que nous avons surestimé leur importance. Ce processus de classement ou de reconnaissance à créé beaucoup plus de problématiques au cours des dernières années que d’effets bénéfiques.

Ce 3e article d’une série de 5 qui a pour titre « Que voulons-nous vraiment? » aura comme trame de fond l’évaluation.

Pour amener et expliquer ma vision de cet élément, je la traiterai sous les angles suivants: la conception populaire de l’évaluation, l’apprentissage et ma vision de l’évaluation.

Conception populaire:

L’évaluation rassure les parents qui ont espoir de voir leur jeune se démarquer ou, à tout le moins, faire partie de la moyenne. En effet, dans l’esprit populaire des Québécois, l’évaluation ou le bulletin est perçu comme étant une vérification du bon travail du prof et du parent. L’insécurité des parents pousse une  grande majorité des enseignants à surévaluer et à  mal évaluer leurs élèves pour fournir des « preuves » du niveau de leurs compétences. Lorsqu’un élève « réussi bien » tout le monde est heureux: les parents sont fiers de leur progéniture, l’enseignant est satisfait et les enfants se valorisent par les différents renforcements positifs qu’ils reçoivent. C’est une autre paire de manches lorsqu’un jeune éprouve des difficultés… Dès l’âge de 6 ans, un enfant avec des difficultés va déjà devoir faire face à la pression de l’échec: dévalorisation, tristesse, perte d’estime de lui-même et une perte d’appétit d’apprendre. Rapidement, ces conséquences auront un impact sur sa motivation. Cette pression contaminante est transmise par les adultes qui entourent l’enfant. Les parents ressentent une pression, car ils désirent le mieux pour leur enfant et certains d’entre-eux subissent également une pression sociale lorsque leur jeune est en échec. Les enseignants, de leur côté, ne veulent pas se sentir coupables de l’échec de leurs élèves. Certains ont peur qu’on remette en question leur jugement et leur compétence professionnels. C’est pourquoi ils s’arment de dictées, de SAÉ, d’un portfolio, etc. pour prouver l’échec ou le mauvais résultat du jeune.

Comme vous le constatez, l’évaluation crée énormément de stress, de pression et nous éloigne de l’essentiel: l’apprentissage.

L’apprentissage:

Voilà l’élément clé qui doit absolument guider nos pratiques. L’évaluation n’est qu’une infime partie dans l’univers qu’est l’apprentissage. Je suis convaincu que l’apprentissage doit passer par l’erreur. C’est la première chose que nous disons à nos nouveaux élèves et à nos parents en début d’année: » je veux que tu te trompes. J’ai besoin de voir à quel endroit précisément dans ton processus cognitif se situe ton erreur. Ainsi, je suis en mesure de la corriger comme le ferait un prof de golf ou un coach de natation. » Ce combat est de tous les instants pour passer d’une culture de l’évaluation à une culture de l’apprentissage. Passer du punitif à l’encouragement. Voici donc les étapes que je franchis en accompagnant mes élèves:

  1. Diagnostic: il est essentiel de connaître ce que l’élève sait, maîtrise et comprend. Il important de le faire parler pour être en mesure de le voir établir des liens. Depuis l’été dernier, je m’amuse à développer mon modèle dans un contexte différent du programme Voie d’Avenir par l’entremise des cours privés et des cours d’été. J’étais estomaqué de me rendre compte que très peu d’enseignants utilisaient le diagnostic pour situer les éléments à travailler pour améliorer la compréhension des élèves.
  1.  L’essai: l’élève doit être en action et engagé pour s’ assurer que son cerveau soit en construction. Il ne doit pas avoir peur de se lancer; de sortir de sa zone de confort cognitive. Encore là, il est important de répéter souvent à l’élève qu’il a droit à l’erreur. Celle-ci fait partie du processus de l’apprentissage.
  1. La validation: l’élève doit démontrer une motivation et un intérêt à savoir où il se situe dans son apprentissage. Bien sûr, on peut comprendre qu’un élève qui se retrouve dans une culture d’évaluation ne ressent pas le désir de valider, car la crainte de l’échec l’habite.  Je mentionne toujours à mes élèves que je vais trouver un élément de bon dans leur tentative de réponse. Qu’ils doivent me donner accès à leur raisonnement pour me permettre de poser un nouveau diagnostic et de corriger leur démarche cognitive.
  1. La recherche: avec l’avènement des technologies, nous sommes tous en posture d’apprenant. Le plus beau cadeau que nous pouvons donner à un être humain c’est de l’outiller pour qu’il soit libre. Libre de trouver les réponses à ses questions. C’est pourquoi je ne suis pas un adepte des notes de cours uniformisées et remises directement aux élèves ou en dictée trouée. L’élève se doit d’être beaucoup plus actif pour permettre un apprentissage concret et durable.

Vous aurez compris que ces 4 étapes sont modulables et qu’il n’y a pas toujours d’ordre prescrit. L’élève est en démarche d’apprentissage continue.

Ma vision de l’évaluation:

Bien entendu, l’évaluation a son importance . Pour ma part, elle n’est pas une finalité en soit, mais plutôt un référentiel clair pour situer l’apprenant et les différents acteurs qui gravitent autour de sa démarche d’apprentissage. C’est pourquoi, pour éviter les confusions, j’ai décidé de bannir le mot évaluation et plutôt utiliser « tâche autonome ». Voici ma vision des tâches autonomes et de leur structure.

Premièrement, les tâches autonomes devraient être limitées en nombre au cours d’une année scolaire. Je n’indiquerai pas de moment idéal dans l’année pour les faire car chaque élève va son rythme à l’intérieur d’une pédagogie active personnalisée. Toutefois, à l’intérieur de nos structures traditionnelles, j’aime bien choisir la mi-année et le mois de juin pour voir la progression. Je l’ai justement mis en application à la fin janvier. J’ai pris un bon 10 minutes avec chacun de mes élèves au cours des 3 semaines suivantes pour leur présenter un plan de match personnalisé pour améliorer leurs stratégies dans le développement des compétences. Ce retour est très essentiel dans l’apprentissage.

Deuxièmement, les tâches autonomes devraient être concrètes, motivantes, personnalisées et enivrantes pour l’apprenant. Elles devraient permettre à l’élève de vivre une expérience unique qui développerait son estime de lui. Imaginez des tâches autonomes où l’apprenant aurait le pouvoir de déterminer certains paramètres! Exemple, lors d’une production écrite, un élève de secondaire 5 écrit un texte argumentatif qu’il publie comme lettre ouverte dans un quotidien. Un élève d’histoire de secondaire 4 crée un musée vivant permettant à des nouveaux arrivants de mieux comprendre l’histoire de leur terre d’accueil  (dans les 2 langues bien sûr). En math, un élève pourrait démarrer une mini-entreprise en lien avec sa passion de la planche à neige ayant pour but de créer de nouveaux prototypes pour son sport de glisse préféré. Vous aurez remarqué que j’ai fait exprès pour prendre des niveaux et des matières pour lesquels nous sommes contraints de faire subir des évaluations ministérielles à nos élèves.

Troisièmement, je prône l’abolition des examens ministériels. Ils pourraient être remplacés par les tâches autonomes. Ce système fonctionnerait avec celui du rôle des arbitres que vous trouverez dans cet article.les rôles  des profs.

Quatrièmement, nous sortirons des sentiers battus. Nous serons beaucoup plus créatifs. Nous le voyons déjà de plus en plus dans différentes disciplines ex: examen vidéo en math, entrevue grammaticale, défi scientifique, etc. Cette créativité sera au service de la personnalisation au niveau de l’être: passion, intérêt et style d’apprentissage: visuel, auditif, etc. https://www.youtube.com/watch?v=vCo3B91ghbI

Cinquièmement, il sera important d’opter pour un outil de suivi à l’apprenant beaucoup plus rapide sur son positionnement au niveau de son apprentissage. Un document du genre: feuille suivi progression histoire 4 parle beaucoup plus qu’un bulletin. Il est modifiable, partageable et ce, en temps réel. Les parents et les apprenants l’adorent. En utilisant une plate-forme de contenu en ligne, l’élève à en main tous les outils d’un parcours personnalisé pour adapter son parcours scolaire.

Sixièmement, recréer ou conserver la clé du succès pour faciliter l’apprentissage: le coeur. Un élève doit travailler dans un environnement où il se sent important. Un enseignant doit travailler dans un environnement où il sent qu’il fait la différence. Les différents acteurs de l’apprentissage doivent sentir la symbiose qui s’opère. Et, surtout, nos devons nourrir le plaisir d’apprendre. Voici un tweet de François Bourdon  qui résume bien ma pensée: « Donnons des moments d’immunité créative ».

En conclusion, je suis convaincu que nos jeunes sont en mesure de réaliser des tâches autonomes beaucoup plus complexes que celles que nous leur offrons présentement. Pour le prouver, c’est à nous et à nous seul que revient la responsabilité de faire différemment et de secouer les colonnes du temple du conservatisme éducationnel. Impliquons nos jeunes dans la confection de leurs tâches autonomes. Créons des wow et de la fébrilité. Soyons des Robins des bois: volons une partie du pouvoir de la création des tâches autonomes ministérielles et redonnons le aux élèves et aux enseignants coachs, créateurs et arbitres! Faites partie du changement en partageant vos idées avec le #evalchange créé par la belle initiative de Jocelyn Degenais.

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