Que voulons-nous vraiment? #2 Les rôles des profs


Un mercredi après-midi quelconque, je reviens d’une réunion avec ma direction en longeant les corridors de mon école. J’ai l’impression de retourner dans un mauvais rêve. Je vois certaines classes placées en rang d’oignons et des enseignants devant la classe expliquant pendant de longues minutes des faits historiques, des notions grammaticales et des fractions.

Comme par magie, je traverse un portail et j’entends de la vie: des rires, des pleurs, des cris, bref de l’émotion: deux enseignantes sont dans le corridor pliées en deux. Je leur demande si tout est ok (certaines femmes ont la faculté de vous faire douter de si elles pleurent ou si elles rient ;). Elles ne sont pas en mesure de me répondre. Je vais voir les deux classes laissées vacantes par les enseignantes du programme Voie d’Avenir. Les élèves sont en action, engagés et tentent de trouver la solution aux différentes tâches offertes par leurs enseignantes respectives en s’entraidant. J’en questionne quelques uns pour savoir ce qui se passe:  » Vous savez monsieur Jetté… À l’instant qu’il se passe quelque chose de drôle, Madame Michaud et Madame Joubert doivent absolument se le dire dans le corridor. »

(source: twitter: @nancybrousseau)

Dans ce deuxième article d’une série de 5 ayant pour titre « Que voulons-nous vraiment?« , j’approfondirai le thème des rôles de la profession enseignante d’aujourd’hui. D’une part, j’élaborerai sur le sujet en vous parlant de ce qui est très cher à mes yeux: mon équipe. Par la suite, je ferai des liens avec elles en vous indiquant la liste des qualités et des compétences qu’un enseignant doit absolument détenir et tenter d’améliorer tout au long de sa vie (et oui, je crois que notre profession est un mode de vie et non seulement un emploi) et finalement, je vous présenterai ma vision folle et éclatée de ce à quoi pourrait bien ressembler les rôles des profs dans un changement total des paradigmes en éducation.

Pourquoi une équipe?

Issu du monde sportif lors de ma jeunesse, il a toujours été difficile pour moi d’avoir un esprit solitaire. En effet, mes 9 premiers mois de vie, je les ai partagés avec ma complice de toujours: ma jumelle Émilie. Même au début de ma carrière d’enseignant j’ai eu la chance de travailler dans le réseau CFER à la polyvalente Robert-Ouimet d’Acton Vale et dans un programme extraordinaire financé par le projet « agir autrement » du Ministère de l’Éducation. C’est à ce moment-là que j’ai eu la chance de côtoyer Philippe Picard, qui enseignait à l’intérieur de ce programme. Celui-ci deviendra mon grand-frère spirituel. Vous comprendrez mieux maintenant que je n’ai aucun mérite et que j’étais destiné à travailler en équipe même si la profession enseignante traditionnelle ne la favorise pas.

MON ÉQUIPE

Enfin! Depuis le début de l’écriture de cet article, j’ai hâte d’arriver à ce moment. Je suis extrêmement fier de mon équipe. Je suis le responsable du programme Voie d’Avenir depuis 9 ans. J’ai la particularité d’être un « joueur/entraineur ». En effet, je coordonne le programme tout en étant enseignant à temps plein. Au cours des dernières années, nous sommes passés de 2 enseignants et une trentaine d’élèves à 5 enseignants et 63 élèves répartis de sec. 1 à 5.

Mélissa Joubert:

Mme Joubert est une enseignante de français en secondaire 3-4-5. Elle a la faculté déconcertante d’entrer facilement en contact avec les jeunes. Son côté humain fait d’elle une enseignante attachante. C’est pourquoi ses activités de discussions et d’exposés oraux permettent d’assister à des moments mémorables et touchants. Cette maman aime ses « enfants d’école » au plus haut point. Elle adore partager des activités innovantes avec notre collègue du primaire Mme Houle. Ces activités font croître, surtout chez nos gars, un côté paternel que nous devons absolument développer si vous voulez mon avis.

Sa classe ressemble à un cocon douillet. Elle n’a pas hésité à passer plusieurs heures l’été dernier pour s’assurer que les élèves se sentent chez-eux et non pas dans une salle de classe froide. Pour conclure, Mme Joubert n’a pas peur de commettre des erreurs et n’a pas peur du ridicule comme en fait preuve certains clichés sur notre page facebook de groupe.

Valérie Tremblay:  

Mme Tremblay est une enseignante de français en secondaire 1 et 2 et en anglais de secondaire 1, mais surtout, Mme Tremblay joue le rôle d’orthopédagogue avec nous. J’adore le fait qu’elle puisse travailler sur deux fronts avec nos élèves. Elle est passée maître dans l’art de l’utilisation des stratégies d’apprentissage. Elle m’aide énormément à devenir un meilleur enseignant à ce niveau. De plus, Mme Tremblay a suivi la vague de la ludification en créant des séquences d’apprentissage innovantes, stimulantes et concrètes pour nos jeunes. Je suis persuadé qu’elle se fera un plaisir de vous les partager si vous prenez le temps de la contacter. Le fait que cette enseignante soit autant passionnée par l’éducation nous pousse à nous améliorer sans cesse. Elle a le courage d’essayer de nouvelles approches pour s’assurer d’un apprentissage optimal pour nos jeunes. Pour conclure, Mme Tremblay a une capacité d’adaptation déconcertante. Cette jeune femme est arrivée avec nous en ayant travaillé au primaire. Elle dû apprendre rapidement à travailler avec une clientèle de niveau secondaire et dans une approche différente.

Catherine Michaud:

Mme Michaud est une enseignante de mathématique en secondaire 3-4-5 et en science de sec. 3-4. La complice de Mme Joubert est une femme débordante d’énergie. Elle est une des rares profs de math que je connaisse qui ose sortir des sentiers battus traditionnels et séquentiels des mathématiques et des sciences. Mme Michaud est la personne la plus intègre et professionnelle que je connaisse. Elle est toujours prête à se dépasser et à investir de longues heures de travail dans le but d’atteindre les étoiles dans l’apprentissage de nos élèves. Cette femme intense et passionnée marie bien l’apprentissage et le coeur. Comme je le soulignais plus tôt, le « dérapage drôle » avec sa complice Mme Joubert donne une touche magique à notre programme. Ses « insides » avec les élèves dans la classe et sur facebook seront des souvenirs que nos jeunes n’oublieront jamais. Pour conclure, Mme Michaud est une femme très exigente envers elle-même. Elle réussit par contre à obtenir la même chose de ses élèves avec de l’encouragement, en croyant en eux, en les aimant et en donnant toujours le meilleur d’elle.

Élaine Laforest:

Mme Laforest est une enseignante d’anglais avec nous en secondaire 2-3-4-5. Cette enseignante a choisi de réorienter sa carrière il y a maintenant  3 ans. Grandement établie comme personne de référence au niveau du PEI dans notre établissement, Mme Laforest désirait relever de nouveaux défis. Mme Laforest a la faculté de faire rendre les gens qui l’entourent biens, heureux et surtout, importants. Elle croit au potentiel de chaque être humain sur Terre. Cette femme carbure lorsqu’elle se trouve à l’extérieur de sa zone de confort. Elle incite les élèves à prendre des risques calculés pour développer leur plein potentiel. Mme Laforest nous ramène souvent à l’ordre lorsque notre état n’est pas à son meilleur. La belle et grande franchise à l’intérieur de notre équipe lui permet de défendre son point de vue lorsque nous sommes tous à contre-sens. Sa joie de vivre et son amour incomparable pour la vie font d’elle la personne qui vous souhaiteriez que vos enfants côtoient pour apprendre à développer cette plus belle richesse: comment être heureux!

Mélanie Ouellette:

Mme Ouellette est enseignante de français en secondaire 1-2 et anglais de sec. 1. Mme Ouellette est venue remplacer  Mme Tremblay lors de son congé de maternité d’une main de maître en janvier 2015. Elle nous quittera, malheureusement, au retour de la relâche en mars 2016. Avis aux intéressés, vous avez une excellente enseignante qui deviendra « agent-libre sans compensation » à compter de cette date 🙂 Mme Ouellette a su relever le défi avec brio en remplaçant une enseignante de la trempe de Mme Tremblay et en adhérant à une philosophie nouvelle et à des années lumières de l’enseignement traditionnel. Sa capacité d’adaptation, sa rigueur et son 6e sens font d’elle une excellente enseignante. Grâce à elle, nous avons pu conserver une belle synergie et une stabilité au sein de notre équipe. Pour conclure, Mme Ouellette a un excellent esprit de décodage humain et une excellente capacité d’adaptation.

Comme vous l’avez sûrement remarqué, je suis le seul enseignant masculin de mon équipe. À la blague, je mentionne souvent que je ne suis pas chanceux. Au contraire, je suis l’homme le plus chanceux du monde. Sans vouloir être sexiste, je crois qu’une grande majorité des femmes ont une belle sensibilité qui doit être transmise à nos élèves. De plus, leur souci du détail et de l’organisation nous permettent de nous améliorer grandement.

QUALITÉS ET COMPÉTENCES

Premièrement, je crois que la première qualité qu’un enseignant doit posséder est l‘intelligence émotionnelle. En effet, un enseignant doit se connecter au coeur avant d’espérer un apprentissage quelconque. Bien entendu, pour y parvenir, on doit investir du temps. C’est pourquoi nous suivons nos élèves de secondaire 1 à 5. Les élèves et les enseignants doivent sentir qu’ils ne sont pas des numéros. Je crois que c’est l’une des plus grandes forces et avantages de l’école primaire. La signifiance permet de créer la confiance. C’est la confiance entre chacun qui permet de soulever des montagnes.

Deuxièmement, un enseignant se doit d’être authentique. En effet, nos jeunes ont besoin d’avoir des modèles positifs qui n’essaient pas de cacher leur vraie nature. Ils doivent être en contact avec des gens qui leur présentent leurs forces et leurs faiblesses tout en restant en équilibre. D’un point de vue du développement de la personne, cette authenticité permet de détruire le modèle de la perfection que la société exige. Du côté pédagogique, les erreurs, les échecs, le questionnement et le doute donnent aux élèves la chance de modeler leurs stratégies d’apprentissage.

Troisièmement, un enseignant doit laisser libre cour à sa créativité. Il est plus que temps de terminer l’ère des manuels scolaires. En créant des « expériences d’apprentissage » nos jeunes seront beaucoup plus motivés, engagés, heureux et, surtout, ils ont la chance de développer leur plein potentiel. Cette liberté pédagogique permettra également une plus grande latitude dans la personnalisation.

Quatrièmement, un enseignant doit être un apprenant. Ceci est de loin le plus beau cadeau qu’un pédagogue puisse offrir à ses élèves. En donnant l’exemple d’apprendre pour le plaisir, par passion, pour le dépassement, par souci de rigueur, l’enseignant donne l’exemple et donne accès à son processus interne d’apprentissage. Il est de la responsabilité de l’enseignant de s’assurer d’avoir un plan de formation continue pour demeurer à l’avant-garde en éducation.

Cinquièmement, un enseignant doit s’adapter. Nous travaillons avec des HUMAINS. Il n’y a pas de recette universelle. Chaque être humain est différent, donc, il apprend différemment, à un rythme différent et il a des intérêts différents. Pour augmenter le beau défi que cela représente, ces êtres vivants ont des émotions qui sont guidées selon les défis que la vie leur présente. Vous comprendrez que le changement est un paramètre invisible qui a une force herculéenne. Soit tu apprends à l’apprivoiser, soit il te détruit!

Sixièmement, un enseignant se doit d’avoir la faculté du bonheur. Ici, je parle du vrai bonheur. Je fais donc référence à la deuxième qualité et compétence. Les élèves ont besoin de voir des adultes vrais devant eux. Donc le bonheur n’est pas toujours au rendez-vous dans nos vies. Toutefois, un enseignant doit partager le bonheur qu’il a d’exercer le plus beau métier du monde. Les élèves, les parents les collègues, leurs amis, leurs familles doivent sentir à quel point ils sont heureux de changer des vies. Ce bonheur est contagieux et permet aux jeunes d’avoir foi en l’avenir.

RÊVONS UN PEU:

Bien entendu, j’ai sûrement oublié plusieurs qualités et/ou compétences. De plus, je n’ai pas la prétention de toutes les posséder ou les maîtriser. C’est pour cela qu’il m’est venu l’idée à travers les années d’une vision folle et éclatée d’un changement de paradigmes dans les rôles des enseignants: coach, arbitre, créateur.

Premièrement, dans ma vision, je viendrais offrir des rôles différents aux enseignants. Ainsi, certains pourraient jouer le rôle de coachs, d’arbitres et de créateurs. Je m’explique. Je considère que le triple rôle des enseignants de faire développer chez leurs élèves leur plein potentiel, de créer des expériences pédagogiques et d’avoir la responsabilité d’évaluer celui-ci nous met déjà en conflit. Dans plusieurs autres domaines de notre société ces « pouvoirs » sont séparés. Par exemple, un entraîneur de patinage artistique prépare son athlète à performer lors d’une compétition. Il n’a pas la responsabilité et le pouvoir de noter sa performance. Un enseignant de cours de conduite guidera un jeune dans les rudiments de la conduite automobile. Il ne sera pas assis du côté passager lors de son examen à la SAAQ.

1) Les coachs:   Premièrement, les « coachs » auraient la chance d’offrir à leurs élèves une vision d’équipe et non d’obligations et de menaces pour créer l’apprentissage. Ce processus permettrait de faire davantage de place à l’erreur/diagnostic, au modelage, à la rétroaction et au plaisir d’apprendre. Leurs principales responsabilités seraient les suivantes: bien-être de l’élève, guider et développer leur plein potentiel d’être humain, faire découvrir leurs types d’apprentissage et leurs stratégies et de faire équipe avec les parents pour soutenir la cohérence entre la maison et l’école.

2) les créateurs: Deuxièmement, les créateurs auraient le plaisir de créer des expériences pédagogiques incroyables qui permettraient aux coachs de les faire vivre à leurs jeunes. Je vois la distinction entre les deux rôles par l’exemple d’un scénariste et d’un metteur en scène. Les deux ont besoin de travailler en étroite collaboration pour permettre un chef-d’oeuvre. Le coach aurait toujours le plaisir d’adapter, d’innover, de suggérer et surtout de se tromper. Je suggérerais fortement aux enseignants de créer des duos et d’alterner au cours de la même année, à chaque année et/ou du même cycle pour ne pas être déconnecté de la réalité. Comme pour le coach, le créateur devrait bien connaître les élèves pour offrir des expériences pédagogiques personnalisées.

3) les arbitres: Finalement, les arbitres auraient la responsabilité de créer des tâches autonomes cohérentes, concrètes et motivantes pour évaluer les apprentissages de nos jeunes (j’espère que vous avez remarqué que je ne parle pas d’examens traditionnels. Ce sera le thème de mon prochain billet). Ils auraient également les responsabilités suivantes: évaluer l’apprentissage des jeunes, suggérer des pistes précises de diagnostics et d’aide en cas d’échec, de guider les coachs et les créateurs pour leur permettre de bien développer leurs élèves, d’apprendre à bien connaître les élèves pour les différencier et offrir des tâches autonomes personnalisées.

Cette distinction des rôles permettrait de maximiser la différenciation chez les enseignants. En effet, ce travail d’équipe changerait grandement les paradigmes du rôle de l’enseignant traditionnel, mais il ferait naître des conditions optimales pour recentrer l’éducation vers ses priorités: développer le plein potentiel de chaque jeune, s’assurer de leur offrir la chance d’être heureux et non pas d’évaluer à outrance des contenus souvent vides de sens.

Laissez un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.